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Avec leur prise fulgurante de la ville de Goma, les miliciens du M23 associés aux forces armées rwandaises ont provoqué l’effroi et jeté des milliers de Congolais sur les routes. L’éternelle guerre en République Démocratique du Congo (RDC) pour « les minerais du sang » prend-t-elle un nouveau virage ? Se dirige-t-on vers une contre-offensive efficace de la RDC ou vers un embrasement régional au cœur de l’Afrique australe ? En attendant, les civils meurent sous la mitraille et les bombardements. Près de 3000 personnes ont déjà perdu la vie à Goma et ses alentours, sous l’œil indécis ou indifférent du Conseil de sécurité des Nations-Unies…
Après une semaine de très violents combats qui ont vu Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu (RDC), tomber sous le contrôle quasi-total du M23 et de soldats rwandais, l’ONU répertoriait au moins 700 tués. « L’Organisation mondiale de la Santé et ses partenaires, avec le gouvernement, ont mené une évaluation, entre le 26 janvier et le 31 janvier, et rapportent que 700 personnes ont été tuées et 2800 blessées », a déclaré, le 1er février, Stéphane Dujarric, un des porte-paroles des Nations-Unies.
Relayé par Fernando Murhola, Coordonnateur National de la Cellule Technique des Droits Humains (CTDH), un autre bilan issu « d’une compilation préliminaire des informations reçues de sources humanitaires, structures sanitaires et acteurs de la Société Civile », faisait état d’un « véritable carnage » perpétré à Goma du 25 au 30 janvier 2025 : « Plus de 1250 morts, 2300 blessés, 540 portés disparus et plusieurs milliers des déplacés internes en errance perpétuelle ».
Le 5 février, les Nations-Unies ont revu leur bilan à la hausse : 2900 morts… « Quelque 2000 corps ont été récupérés dans les rues de Goma, ces derniers jours, et 900 corps sont à la morgue », a précisé Vivian van de Perre, cheffe adjointe de la mission de l’ONU en RDC. Un bilan provisoire qui pourrait encore s’alourdir…
Tandis que des soldats du M23 ont été vus se déplaçant vers Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu, l’escalade guerrière fait craindre à plusieurs observateurs un embrasement régional au cœur de l’Afrique ; soit une troisième guerre d’Afrique australe opposant, principalement, la RDC (alliée au Burundi et à l’Afrique du Sud) au Rwanda (allié à l’Ouganda).
L’incertaine riposte congolaise
Quatre jours après « la chute de Goma », le président congolais Félix Tshisekedi s’est décidé à s’adresser à son peuple comme à la diaspora. Le ton grave et solennel, « Fatshi » a appelé « à la résistance » et promis « une riposte vigoureuse » :
« L’Est de notre pays – en particulier les provinces de Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri – fait face à aggravation sans précédent de la situation sécuritaire. Les forces de défense du Rwanda, en soutien de leur marionnette du M23, poursuivent leur entreprise terroriste sur notre territoire, semant la terreur et la désolation parmi nos populations […] En ces moments difficiles, je vous appelle à la résilience et surtout à la résistance ! Face à cette situation, permettez-moi de vous rassurer : une riposte vigoureuse contre ces terroristes et leurs parrains est en cours. Nos vaillantes forces armées de la République Démocratique du Congo [RDC], symboles de courage et de patriotisme, sont pleinement mobilisées, prêtes à défendre chaque centimètre de notre territoire ».
Si ce discours martial arrive trop tardivement, la parole présidentielle a néanmoins produit l’effet escompté à travers le pays comme dans la diaspora. Bien sûr, nombre de Congolais exigent des actes après ces promesses, mais, pour la plupart, se rangent derrière leur chef d’Etat, confronté à une agression-invasion aux proportions meurtrières aussi sidérantes que « rapides ».
Pour sa part, Evariste Ndayishimiye, le président du Burundi (pays voisin du Rwanda et du Congo-Kinshasa), a exprimé ses craintes concernant « une guerre régionale généralisée » si le Rwanda et ses alliés poursuivaient leur invasion de la RDC.
A cela, s’ajoute le durcissement des relations, déjà tendues, entre l’Afrique du Sud et le Rwanda. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a accusé le M23, soutenu par Kigali, d’avoir tué 13 soldats sud-africains du contingent des Nations-Unies, lors de leur progression fulgurante vers Goma. L’Etat le plus puissant d’Afrique a prévenu que toute nouvelle attaque contre ses troupes serait jugée comme « une déclaration de guerre ». En retour, le président du Rwanda, Paul Kagame, a accusé l’Afrique du Sud d’être une « force belligérante », impliquée dans les combats à l’Est, cherchant à aider le gouvernement congolais à « lutter contre son propre peuple »…
30 ans de guerre à l’Est
Soucieuse de conserver l’anonymat pour des questions de sécurité, une personnalité congolaise, proche du gouvernement, nous donne un chiffre global : « Tous minerais confondus, la richesse du sous-sol congolais est estimée à 24.000 milliards de dollars. Cela a été résumé par le titre d’un article de presse récent : « Tout le tableau de Mendeleïev se trouve dans le sous-sol du Congo ».
Pour autant, le pillage des minerais les plus stratégiques serait impossible sans le concours de l’Etat congolais défaillant, plombé par une corruption endémique, une armée mal payée, désorganisée, « infiltrée » par des tutsis congolais aux ordres de Kigali et à la tête de laquelle se succèdent généraux et commandants aussi vénaux qu’incompétents. Pour résumer : l’état d’esprit « BMW (Beer-Money-Women) », consolidé sous la dictature du maréchal Mobutu (1965-1997), continue de produire ses effets sociopolitiques dysfonctionnels et mortifères…
Depuis son arrivée au pouvoir, en 2018, Thisekedi et ses gouvernements successifs ont tenté de corriger cette situation ubuesque et criminelle, héritée de 49 ans de dictatures [celle de Mobutu Sese Seko (32 ans), puis celle Joseph Kabila (17 ans)]. A la fois timides et trop lentes, leurs tentatives sont restées largement insuffisantes comme le démontre, en ce début 2025, l’attaque éclair de Goma et, avant cela, de plusieurs villages miniers du Nord-Kivu par le M23 et les forces armées rwandaises.
Ultra-riche mais seule au monde
Pour mieux saisir ce conflit territorial africain, vieux de près de 30 ans, il s’agit de décliner l’objet central de toutes les convoitises : « les minerais du sang ».
Soit, principalement, le coltan, le cobalt et l’or, présents en quantités industrielles dans les sous-sol du Kivu, pillés depuis plus de deux décennies, via divers groupes armés et sanguinaires dont le M23, soutenu par le Rwanda. Des minerais stratégiques qui, rappelons-le, restent indispensables à la fabrication des téléphones et ordinateurs portables, de batteries électriques ou de missiles, fusées et avions.
Qui a intérêt à la paix dans l’Est du Congo ? Exceptés les « creuseurs » du sol minier – dont des enfants âgés de 6 à 12 ans – ajoutés aux 75 autres millions de « damnés de la terre » congolaise : « Personne ! », répondait, en 2022, le journaliste camerounais Alain Foka.
A l’aune des futures crises énergétiques mondiales comme du tout électrique environnemental, les 24.000 milliards de dollars du sous-sol congolais aiguisent toujours davantage les appétits des multinationales occidentales et d’une kyrielle d’exploiteurs rapaces, chinois, indiens ou Libanais.
« Cet état de guerre permanent à l’Est du Congo », poursuit Foka, « profite aux multinationales du secteur minier tels que Anglogold ou Glencore [auxquelles on peut notamment ajouter Apple, Bayer, Sony, Samsung ; Intel, etc.]. Par exemple, ce consortium anglo-saxon, Glencore, détient 50% de la mine de Mutanda au Katanga ; c’est-à-dire la plus importante mine de cobalt au monde ! »
Avec 75.000 tonnes par an, la RDC est le premier producteur mondial de cobalt (utilisé dans les nouvelles générations de smartphones, de batteries électriques, etc.) ; le premier producteur africain de cuivre avec plus d’un million de tonne produite par an ; la plus grande réserve mondiale de coltan (avec 60 à 80%) ainsi qu’un gros producteur d’or (23.000 kilos par an) et de diamants (19 millions de carats par an).
En 2019, le Rwanda s’est doté d’une raffinerie d’or au prix de 5 milliards de dollars ; en 2022, Kigali vendait pour 637 millions de dollars d’or aux Emirats Arabes Unis. Problème : ce petit pays d’Afrique australe ne possède aucune mine d’or. Contrairement à la RDC, dans ses provinces du Sud-Kivu, de l’Ituri ou du Maniema, dont une partie de l’extraction est régulièrement pillée ou détournée vers… le Rwanda et l’Ouganda.
Sur base de ces données, l’ex-journaliste de la BBC, Alain Foka, conclut :
« Au lieu de réagir comme un seul homme face aux prédations et à l’instabilité sécuritaire entretenue, le Congo sombre dans les rivalités, les divisions et les affrontements ethniques. En RDC, on se sent souvent originaire du Katanga, du Maniema, de l’Equateur, du Kasaï ou de l’Ituri avant d’être Congolais. Dans un pays qui fait la taille de l’Union européenne (2,345 millions de kilomètres carrés) et dont 75% de la population survit avec moins de 2 dollars par jour, ces divisions sont le cancer politique du pays. Celles-ci avaient déjà joué un rôle dans l’assassinat de Lumumba [premier Premier ministre du Congo indépendant] en 1961, perpétré au Katanga sécessionniste de Moïse Tshombe [marionnette politicienne soutenue par les Etats-Unis et la Belgique de l’époque] ».
Docteur Jekyll et Mister Hyde
En Europe, se succèdent les appels officiels à « l’arrêt des combats » mais dénués de toute menace coercitive à l’encontre du pays agresseur. Avec honneur et isolement, certains députés ont interpellé les atermoiements ou refus de leurs gouvernants à sanctionner le Rwanda ; pourtant une dictature féroce aux visées expansionnistes, responsable d’une série de massacres, de viols et de pillages en RDC, documentés par nombre de rapports onusien et d’enquêtes journalistiques.
Des interpellations à « faire pression sur le Rwanda », à « cesser toute complicité financière » ou à « prévenir une catastrophe humanitaire » ont été lancées par Lydia Mutebele (PS) devant le Parlement fédéral belge ; par Carlos Martens Bilongo (LFI) dans l’Assemblée Nationale française ou par les députés Rima Hassan (LFI) et Marc Botenga (PTB) au sein du Parlement européen.
Seule la Belgique a finalement poussé le curseur en appelant l’Union Européenne à « des sanctions contre le Rwanda ». Mais le plat pays n’a pas le poids des Exécutifs français ou allemand, qui se taisent dans toutes les langues. Même si, en envoyant son ministre des Affaires étrangères « discuter » avec les présidents congolais et rwandais, la France de Macron a joué la « musculation » diplomatique sans, comme souvent, produire un effet notable sur le terrain des combats…
Au fond, selon notre personnalité congolaise, il perdure, sur la RDC et ses richesses, une « hypocrisie occidentale » : « La communauté occidentale, particulièrement, ses pays les plus puissants, semble souffrir d’une pathologie connue en psychiatrie : la bipolarité. D’une part, cette communauté tient des discours positifs pour la RDC et, d’autre part, elle fait des choix socioéconomiques négatifs. Pour le dire autrement, on a affaire à Docteur Jekyll et Mister Hyde. Par exemple, en phase Mister Hide, l’Union européenne a décidé de signer, en 2021, un accord commercial avec le Rwanda sur les minerais. En 2023 : les ventes de coltan provenant de Kigali explosent… sans que ce pays ne dispose d’une seule mine de coltan ! Aujourd’hui, ces messieurs-dames vitupèrent sur une situation qu’ils ont, eux-mêmes, contribué à aggraver ».
Néanmoins, du côté de la Grande-Bretagne – hors UE et désormais dirigée par les travaillistes -, on voit poindre davantage de fermeté à l’égard de Kagame. « Le Rwanda a mis en péril un milliard de dollars d’aide internationale en participant à l’invasion de la République Démocratique du Congo », a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy, promettant « un réexamen » voire une suppression de l’aide financière anglaise au Rwanda.
Vers une balkanisation de la RDC ?
Après les massacres de Goma et la remise sous les projecteurs de la guerre en RDC, le M23 et l’AFD (Alliance Fleuve Congo ; vitrine politique du M23 dirigée par Corneille Nangaa) ont annoncé… un « cessez-le-feu pour raisons humanitaires ». Celui-ci ne durera pas plus de 36 heures ! Un nouvel épisode qui montre le peu de crédibilité à accorder aux paroles du M23 ou de l’AFD et qui conforte les Autorités congolaises dans leur refus de dialoguer avec ceux qu’elles qualifient de « terroristes ».
En 2023, après avoir rappelé la disparition de la Yougoslavie [au milieu des années 90], la balkanisation de la Lybie [en 2011], désormais divisée en trois régions tribales en guerres sans fin, ainsi que la partition du Soudan [à nouveau en guerre civile depuis avril 2023], le journaliste congolais Dieudonné Kwebe Kimpele alertait :
« Le plan de balkanisation du Congo existe depuis 1972. C’est un péril majeur ! Plusieurs chancelleries et ambassades dans le monde possèdent ce plan de balkanisation du Congo en vue de la création d’un « Tutsi Land ». C’est-à-dire « un foyer national tutsi » qui comprendrait l’ancien district du Tanganyika, les Sud-Kivu et Nord- Kivu ainsi qu’une partie du Maniema (et dont l’autre partie serait annexée par l’Ouganda). Voilà le plan d’annexion et de partage pour établir ce Tutsi Land et ses frontières. Ce plan existe ! Et tous les jours, hier, aujourd’hui et demain, des Tutsis y travaillent, patiemment, inlassablement ».
Avec un sentiment « d’accélération de l’Histoire », la tragédie congolaise n’a rien de neuf. Et peine toujours à trouver une sortie définitive au « tunnel de l’horreur ». Sans un véritable sursaut unitaire, congolais et panafricain, c’est à nouveau par wagons entiers que d’autres morts s’ajouteront aux 10 millions de tués qui ensanglantent le pays depuis près de trente ans.
Olivier Mukuna
© Finkape Roots
Diplômé d’un Master en Journalisme et Communication de l’Université Libre de
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Merci pour l’article. Dommage de ne pas souligner la présence néfaste de nombreux autres groupes armés dans la région même si le plus imposant et structuré reste le M23. Tout comme la présence des FDLR. L’association de l’armée congolaise avec eux (sans oublier les voyous de Wazalaendo) n’a pas aidé à “calmer” la situation. Un choix, de Tshisekedi, qui risque d’envenier la situation. Aussi, il serait intéressant d’évoquer la situation des Banyamulenge, visés par les FDLR et motif de présence des troupes rwandaises dans la région. Mythe ou réalité ? Dans tous les cas, cela a trop duré. Où sont les hommes politiques congolais droits et visionnaires pour enfin prendre en main le destin du pays ?? Il faut arrêter avec les pleurnicheries et agir.